Maman entrepreneure épuisée ou le syndrome du jamais assez…
Il est 18h45. Tu ranges ton ordinateur, les mains encore sur le clavier, la tête encore dans la réunion de demain. Ton fils t’attendait depuis une heure. Tu le rejoins, tu souris. Mais dans ta tête, tu calcules encore le devis que t’as pas fini, le message que t’as pas envoyé, la facture que tu dois relancer.
T’es là. Et t’es pas là.
Et le soir, quand tout le monde dort, pas de repos pour le soldat et ce constat qui t’arrive : t’es jamais là où il faut. Bref, tu finis tes journées complètement frustrée.
T’as l’impression d’être en retard partout, tout le temps
Le matin, t’es déjà sur les emails pendant que tes enfants te demande du lait pour leurs céréales. L’après-midi, t’es en réunion client mais tu penses à la pochette à rabat bleue format A5 que tu n’as toujours pas trouvée. Le weekend, tu passes du temps avec ta famille mais une partie de toi fait déjà le planning de lundi (ou tu le fais a 22h le dimanche soir)
Et au final, ;t’as l’impression de pas être la bonne maman, d’être l’entrepreneur qui se donne pas à fond, de pas être la bonne épouse, de pas voir tes amis…
Et ce qui est usant, c’est cette conviction que t’arrives jamais à bien faire. Que quoi que tu fasses, il y a toujours quelqu’un ou quelque chose que tu laisses tomber.
Ce n’est jamais assez et tu quand tu te poses 5 mins, tu te dis “bah j’ai plus de jus en fait” et plus d’estime de toi non plus… Bah oui Lucette, t’es frustrée et tu te dénigres en permanence !
Ce sentiment en fin de journée, que j’ai exploré aussi dans cet article sur le trop-plein qui déborde, il n’arrive pas par hasard. Il raconte quelque chose de précis.
Et pourtant, t’es organisée, t’as des routines, t’as essayé les plannings couleur….
Bah oui mais ça ne fonctionne pas. Parce qu’on te propose des méthodes, des outils, une meilleure gestion du temps, un agenda mieux fichu, un planning familial sur le frigo…
Tu les as essayés. Ils t’ont aidée, un peu, un temps. Mais le fond du problème c’est cette voix qui dit que t’es jamais assez… elle, elle est toujours là.
Et pour cause. Cette voix vient d’une règle invisible que tu t’es imposée un jour, et que tu ne discutes plus. Quelque chose du genre : je dois être une bonne maman ET une bonne entrepreneuse ET une bonne épouse ET être là pour mes amis. Toujours. En même temps. Parfaitement.
Les psychologues appellent ça une auto-injonction. Un biais cognitif. Une règle que ton cerveau a intégrée si profondément qu’elle ne se présente plus comme une croyance elle se présente comme une évidence.
Et les évidences, on ne les remet pas en question. On les subit.
J’en avais parlé d’une autre façon dans cet article de bilan : ces règles qu’on porte depuis longtemps finissent par peser plus lourd que n’importe quelle charge de travail.
J’avais parlé de ce mécanisme d’une autre façon dans cet article sur le trop-plein qui déborde : quand on est saturée, on continue à remplir les espaces vides au lieu de les laisser vides. C’est la même logique, appliquée au repos.
Ton cerveau défend ce qu’il connait, même quand il faudrait que ça s’arrête !
Tu connais l’homéostasie psychologique ? L’homéo quoi ?? Attends Lucette j’arrive pour t’expliquer tout ça !
Ton cerveau, comme ton corps, cherche à maintenir un état stable, un état connu. Ton cerveau n’aime pas l’inconnu. Alors il ne cherche même pas si tu es heureuse ou confortable, juste il reste là où il est.
Et si tu t’es habituée depuis des années à fonctionner dans ce mode « jamais assez », ton cerveau a fait de ça sa ligne de base. Genre c’est « normal », tu es à ton équilibre
Même quand tu prends conscience que ça ne va pas, même quand tu vois clairement qu’il y a un problème, tu reviens à ce point. Parce que c’est ce que ton cerveau reconnaît. Parce qu’il le défend comme la forteresse qu’il doit garder, même si c’est un équilibre douloureux. Il n’est pas là pour se psoer la question.
Alors c’est bien beau tout ça, mais une fois qu’on a compris on en fait quoi ?
Comprendre ne suffit pas. Tant que le schéma reste inconscient ou qu’il reste dans la tête sans jamais descendre dans le corps, dans le quotidien, il se répète. C’est la définition même d’un automatisme : il tourne sans qu’on le commande.
Alors comme le dit mon propre coach « Tes réalisations n’ont de valeur que si elles se traduisent en actes. » Aller, bim, bouge toi !
L’échelle surlaquelle on monte rarement jusqu’en haut
Aller suis moi, je t’explique encore 2-3 trucs de la conscience. On a une échelle, quatre niveaux.
Au premier : tu ne fais pas le lien entre ce que tu vis et tes automatismes. Tu te plains de ne jamais avoir le temps. Le problème, il est en dehors de toi, c’est les autres : les enfants, le client, le mari.
Au deuxième : tu commences à voir que (peut être) tu y es pour quelque chose… Tu comprends que quelque chose en toi participe à cet engrenage. Mais tu ne sais pas encore comment en sortir. Tu tournes en boucle entre la lucidité et l’impuissance. (Pas cool)
Au troisième : tu te mets en mouvement. Tu testes, tu expérimentes, tu acceptes de changer quelque chose de concret dans ta façon de fonctionner.
Au quatrième : les nouvelles façons de faire sont devenues des automatismes. Tu n’as plus besoin d’y penser, elles font partie de toi.
La plupart des femmes que je rencontre dans cet épuisement-culpabilité sont quelque part entre le deuxième et le troisième niveau. Elles savent. Elles voient. Elles n’arrivent pas encore à vraiment bouger parce que leur cerveau tire vers ce qu’il connaît (il résiste le saligaud), parce qu’on ne change pas un pattern de fond avec une semaine de pleine conscience et beaucoup de bonne volonté.
Et bien sûr, notre amie préférée n’est pas loin : Mme perfectionnisme
Il y a encore autre chose, sous tout ça.
Une croyance qui joue souvent en fond, silencieuse : je mérite ma place seulement si je performe partout. Je mérite d’être aimée si je suis utile. Je mérite de prendre de la place si j’ai tout bien géré.
Ça, c’est pas une pensée de grande personne. C’est une croyance formée bien plus tôt. Avant l’entreprise, avant les enfants, avant le couple. Un filtre qui s’est mis en place un jour, dans un contexte précis, et qui depuis colore tout les décisions, les relations, la façon dont tu te juges à 22h devant ton téléphone.
Le perfectionnisme, c’est une estime de soi conditionnée à la performance (laquelle d’ailleurs ?). Et elle épuise, parce que l’objectif se déplace toujours. Dès que t’atteins quelque chose, la barre monte. Et te voilà encore à courir après un « assez » qui s’éloigne de toi…
C’est un schéma. Et comme tous les shémas, il a une logique propre. Il se maintient parce qu’il est devenu automatique, parce qu’il est là depuis longtemps, parce qu’aucun planning couleur ne va le défaire.
Si tu sens que cet épuisement vient de plus loin que la surcharge du moment, qu’il y a quelque chose dans ta façon de te voir toi-même, que quelque chose cloche, et surtout que tu en as marre de subir, un accompagnement professionnel ancré dans le corps et les automatismes peut être un point de départ pour ne plus juste comprendre, mais vraiment bouger.
Alors, tu t’y retrouves ?
Ce que je décris, c’est pas une caricature. C’est ce que j’ai vécu. C’est aussi ce que je vois, encore et encore, chez des femmes brillantes, engagées, qui se donnent à fond dans tout ce qu’elles font, et qui finissent vidées parce qu’elles se sont transformées en carburant pour tout le monde sauf pour elles.
Si tu te reconnais dans cet article, j’ai une vraie question pour toi : à quel niveau de l’escalier tu te situes, là, maintenant ?
Est-ce que tu le vois, le mécanisme ? Est-ce que tu sais déjà comment tu participes à ce schéma ou t’es encore à chercher la bonne méthode d’organisation ?
La réponse, elle dit beaucoup sur ce dont t’as besoin pour avancer 😉 (et je suis dispo pour juste en parler avec toi !)
P.S. Si t’as des journées entières où tu fais tout bien la réunion avec le CR, le goûter sans trop de sucre, le dîner équilibré, le message pour l’anniversaire de ton amie et que tu te retrouves quand même le soir avec ce genre de phrases « je n’ai pas arrosé les plantes, je dois aller lire cet article sur le réchauffement climatique, et mon site internet, il est SEO compliant ?? »… tu n’es pas seule et ce n’est pas toi le problème… Si, si je te jure !










